Le déplacement progressif de l’art
comment Pas de Commentaires Ecrit par Janique Laudouar le 11 septembre 2008 – 10:17

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Le déplacement progressif de l’art vers des espaces improbables et de nouveaux commanditaires se confirme. Pour « Danse avec la mode », l’alliance de l’art et de la marque Galeries Lafayette transcende le simple objectif marketing en démarche artistique affirmée - sans que jamais la mode ou le vêtement soient oubliés. Miraculeux équilibre. L’exposition « Swing » du 10 au 27 septembre présentée par la Galerie des Galeries propose des performances inédites in situ inspirées par le créateur attitré depuis 8 ans, le photographe graphiste fou de danse Jean-Paul Goude. En imaginant une « exposition dansée » selon l’expression d‘Alexandre Roccoli, commissaire-chorégraphe avec Michel Abdoul, les Galeries Lafayette font preuve du même esprit de recherche qu’un musée ou une galerie. Instant étonnant que ce corps à corps au sol d’un couple de danseurs, Stéphanie Pignon et Pascal Allio dans une lente et sensuelle approche de l’intime qui laisse le public captif. Plus étonnant encore d’apprendre que cette « danse-contact » qui semble élaborée seconde par seconde est en fait « une improvisation » selon Stéphanie Pignon. Il a suffit de deux répétitions pour que les danseurs soient en phase comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Musique de Pantha du Prince, qui travaille à Berlin et Paris. Une courte performance de Vanessa Le Mat au son de « Libertango » Grace Jones suit. Et au mur une vidéo, performance de Stébastien Meunier, styliste de sa propre marque dont le travail ” dépasse le champ de la mode et fait écho au culte du corps”. Ce dépassement disciplinaire signe de l’art actuel qui sort du champ de l’art pour “transcender la banalité”. Sébastien Meunier, nu ou presque entouré de sa panoplie de vêtements du “super héros qu’il voudrait être, avait participé à i dance de Pierre Giner.

Goude GaleriesAu coeur de l’exposition « So Far , So Goude », le génial film d’une heure de Jean-Paul Goude. Un condensé de culture, tissage et métissage de références multiculturelles où le fil rouge est la perfection dans toute forme d’art. Un film salutaire, l’humour, l’audace, la générosité des idées et des images éclaboussent dans un bariolage éblouissant la morosité des temps présents. Un chef d’oeuvre de culture populaire sans concession et pas une seconde d’ennui. « J’y travaille depuis 1982 » dit Jean-Paul Goude, « morceau par morceau ». Ce bout à bout subtil et enlevé est un morceau d’histoire, notre histoire, où défilent Mitterand, les Champs Elysées, Vanessa Paradis, Azzedine Alaïa, Laetitia Casta en homme, et Grace Jones en sculpture baroque. “Beauty has no sex”. « Tout Goude », mais aussi des centaines d’invités issus de sa mythologie personnelle, Avedon, Noureev, Fred Astaire et Gene Kelly, Tintin et Tchang : Jean-Paul Goude sait choisir ses héros comme ses héroïnes. Defilent pubs cultes avec des femmes icones, « Egoïste, égoïste! » et celle moins connue (refusée par les Galeries), insolente et sanguinaire où triomphe des samouraïs sa femme Karen, mannequin coréenne. Le film débute et s’achève à Saint-Mandé, là où la mère américaine de Goude donnait des cours de danse, tout près de de la porte Dorée - on aperçoit dans le film le Rocher du zoo de Vincennes. L’oeuvre de Goude nous a transporté du temps des colonies à la modernité ethnique.

Comment arrive -t-on à collaborer avec une marque pendant 8 ans? Réponse de Goude : « En y mettant du coeur, comme dans la photo avec Mia. En ne cherchant pas à se vendre à tout prix, en ne se croyant pas obligé d’avoir une attitude hautaine, plutôt une sorte de modestie. » Une modestie bien « parigote », selon Goude, toujours très mince en marinière rayée blanche et rouge -eh oui, la pub Kodak -. Goude? « Indémodable » tel est l’avis de la directrice de la publicité Sophie Brossier. Et le secret, pour durer avec une marque? « Une marque ne rencontre qu’une fois dans sa vie son créateur ».

Reviens, Jean-Paul, reviens! Bientôt : dans une rétrospective qui lui sera consacrée en 2010 aux musée des Arts décoratifs.

Image : “42 ème rue” Jean-Paul Goude, 1978 Galeries Lafayette

Prochaines performances de la Galerie des Galeries

 

Mercredi 17 septembre à 17 h

“Le Corps et le vêtement comme architecture”.

Performances de Ghyslaine Gau, Eric Grondin.

Samedi 27 septembre à 20 h

“Le Corps et ses ivresses”. Performances de Emeline Calvez, Hanna Hedman, Asha Mines Cédric Succivalli, musique Pantha de Prince.

Galerie des galeries

40, boulevard Haussmann
75009 Paris

T. 33 1 42 82 81 98
galeriedesgaleries@galerieslafayette.com

“”Aux Galeries Lafayette la mode vit plus fort”, la vidéo avec Mia Frye : http://www.dailymotion.com/video/k35B8baRby9eNGLfCb

« So Far, So Goude », film français de Jean-Paul Goude, 1 heure (2006)

“Tout Goude” Patrick Mauriès, éditions de la Martinière, 2005

Le dernier spot de Jean-Paul Goude, tournage en Afrique du sud : le parfum pour homme de Guerlain (LVMH). Selon Stratégies « dans le cadre de ce lancement, la marque mènera pour la première fois une opération de marketing de rue : l’agence Tokyo installera les 11 et 12 septembre sur l’esplanade de La Défense et les 13 et 14 septembre sur le parvis du palais Garnier à Paris un espace recréant une forêt luxuriante de plus de 150m².”

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A propos de l'auteur: Janique Laudouar

Janique Laudouar a soutenu un DEA sur l'interactivité en 1996 au Département Hypermedia Université Paris 8. Elle a été directrice éditoriale de numedia-edu, une revue en ligne de sensibilisation à la culture numérique et aux nouveaux medias. de 2003 à 2007 (numedia-edu, numedia-art) et écrit de nombreux articles sur l'art, le numérique.

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